dimanche 31 mai 2020

Démon est proposé pour la première fois en français. Mais aux États-Unis, c'est un jeu qui a déjà une beau vécu. Nous vous proposons donc aujourd'hui une petite revue de presse de critiques parues outre-atlantique.


En définitive, [Démon] offre un univers fascinant. Il s’ouvre à énormément de types d’histoire différents, et fournit de nombreux thèmes à explorer. C’est ce qui a toujours été la marque des bons jeux White Wolf : donner de quoi mettre en scène des scénarios de mystère, d’horreur et de ténèbres personnelles. C’est un jeu qui ne laisse pas à désirer.

Comme bien d’autres ouvrages du Monde des Ténèbres, cependant, Démon : La Damnation est bien plus qu’un simple système de JdR. C’est une histoire sur la lutte pour l’humanité. C’est un monde épique et sombre de marginaux qui font cause commune pour lutter contre le système. C’est un univers complexe et bien ficelé qui offre le meilleur de l’horreur existentielle. Comme The God-Machine Chronicle avant lui, Démon : La Damnation transcende les idées ordinaires de nos religions et superstitions de la vie réelle pour créer sa propre mythologie unique. Et celle-ci évite non seulement habilement de se revendiquer d’une culture plutôt que d’une autre, mais les intègre toutes sous sa coupe étrange et horrifique. Démon : La Damnation est l’un des meilleurs jeux du Monde des Ténèbres que j’aie jamais lus. À recommander absolument, non seulement aux fans de jeux de rôle, mais à quiconque veut une histoire géniale.

Dans l’ensemble, Démon : La Damnation est un jeu formidable, mettant en scène un protagoniste tout à fait capable d’être un véritable monstre tout en combattant des adversaires bien plus inhumains et malveillants qu’il ne l’est. Les pouvoirs et les aptitudes proposés sont créatifs et intéressants, et le jeu propose toute une galerie d’antagonistes auxquels les Démons pourront se confronter. L’univers se prête tout à fait à mettre en scène les thématiques classiques de l’espionnage, comme la double vie, les tractations avec l’ennemi, ou encore la possibilité de jouer l’agent double, voire de trahir son équipe. Démon : La Damnation est un ajout de choix au nouveau Monde des Ténèbres.

Quand Démon est sorti, il a un peu pris tout le monde de court. Le jeu à démons du vieux Monde des Ténèbres, Demon: The Fallen, était exactement comme on pouvait s’y attendre. Il consistait à incarner une bande de démons qui s’affairaient à pousser les mortels au péché et à emmerder les entités saintes de l’univers. Ces démons s’étaient échappés de l’Enfer et comptaient bien ne pas y retourner. Par certains aspects, c’est toujours le cas dans Démon : La Damnation, mais avec un paquet de changements importants : plutôt que de forcément chercher à tenter les humains, les démons combattent une étrange divinité extraterrestre qui n’a pas grand-chose à voir avec le Dieu judéo-chrétien, et l’Enfer dans lequel ils ont été envoyés est en réalité le monde mortel.

Image rare d'un journaliste faisant sa critique de Démon en toute impartialité


Et puis, aussi, quelques critiques françaises :

[Démon] est vraiment particulier dans son approche, et c'est pour cela que j'aime y jouer et qu'il me donne beaucoup d'idées de scénarios. Réalités parallèles, conspirations technologiques, lutte contre une entité quasi omnipotente et ses agents robotiques, créatures buggées hybrides (les cryptides, super idée).




D'extraordinaires heures de jeu, mémorable tant son thème est unique.


vendredi 29 mai 2020


La vie d’un démon n’a rien d’une sinécure. Vous voilà lâché au milieu des hommes, dans un monde qui n’est pas le vôtre et que vous savez aux mains d’une super-entité dysfonctionnelle. Forcé de gagner les ombres, vous singez les habitudes des mortels et faites profil bas, assez longtemps – du moins c’est ce que vous vous dites - pour qu’on vous oublie. Le monde est votre nouveau terrain de jeu. Oui, mais vous n’y êtes pas seul.

Les parties de Démon : La Damnation peuvent se jouer en huis clos, mais vous serez rapidement lancés à l’assaut du monde, obligés d’entretenir des relations (sincères ou factices) avec vos nouveaux voisins. Le Monde des Ténèbres n’a malheureusement rien d’un pré carré, réservé aux humains et préservé des influences surnaturelles. Vous en ferez rapidement l’expérience (parfois douloureuse)…et pour reprendre les propos de John Truby, il n’y a pas de bonne histoire sans bon méchant. Et avec Démon : La Damnation, vous allez être servis ! 

Voici un petit avant-goût des nombreuses menaces qui peuplent la vie des Déchaînés :

  • Cultistes et affidés de la Machine-Dieu : ils ont de nombreux visages, et en même temps aucun. Des petites cabales aux corporations multinationales, en passant par des guildes d’exterminateurs de démons, les affiliés de la Machine ont infiltré toutes les strates de la société. Depuis les ombres ou à visage découvert, ils poursuivent ses œuvres sur Terre, généralement sous le commandement d’un ange.  Fuyez-les comme la peste : ils ne reculent devant rien, pas même la perspective d’une mort prochaine, pour parvenir à leurs fins. D’autant qu’ils profitent généralement de « modifications » mortelles, généreusement offertes par leur faux dieu.




  • Cryptides : la magie occulte de la Machine-Dieu s’insinue partout et déforme tout ce qu’elle touche. La faune et la flore ne sont donc pas épargnées, et il n’est pas rare de tomber nez-à-nez avec une bête sauvage passablement mutée et rendue folle par des visions lancinantes. Les cryptides peuvent se révéler utiles pour les Déchaînés : altérés par le contact avec la Machine, ils trahissent la présence d’une Infrastructure locale – et donc une cible de choix pour les démons. Malheureusement, leur extra sensibilité à l’éther présente un désavantage majeur : les cryptides ont une fâcheuse tendance à être attirés et suivre les démons, et donc de les révéler aux yeux des agents de la Machine. Cette meute de loups vous suit depuis bien trop longtemps, vous ne trouvez pas ?

  • Exilés : lorsqu’il chute, un ange ne devient pas nécessairement un démon. Il arrive que le contact avec la Machine-Dieu soit rompu (volontairement ou non) et qu’un ange, privé de sa mission et de Sa lumière, se mette à errer sans but. Certains vivent cet abandon avec plus ou moins de réussite : les plus faibles sombrent dans la folie et sont rapidement « récupérés » par des anges loyaux. A l’inverse, certains trouvent une application heureuse dans cette liberté nouvelle et inattendue : on raconte que ces anges désavoués rivaliseraient de pouvoir avec les mages ou des vampires pluriséculaires. Quant à connaître leurs véritables intentions…



  • Démons : vous espériez trouver une nouvelle famille sur Terre ? Fonder une oasis d’humanité, en compagnie de vos frères et sœurs déchus ? Votre naïveté est touchante…Les démons ont leur propre agenda, rarement compatible avec celui d’autres Déchaînés. Il existe des alliances de fortune certes, mais les concepts d’ « honnêteté » et de « confiance » relèvent du fantasme pour de nombreux démons. Un conseil, évitez les angles morts…

Et ce n’est qu’un aperçu de ce qui vous attend dans Démon ! Entre les anges et les autres créatures surnaturelles du Monde des Ténèbres, vous aurez fort à faire ! La guerre est sur le point de commencer…

mercredi 27 mai 2020

Interface se présente comme une anthologie de huit nouvelles tirées de l'univers de Démon : La Damnation et panachées de règles, gadgets et pouvoirs inédits ! L'un d'entre eux a notamment été utilisé pour la première fois par nos joueurs dans l'Actual Play (pour un grand final, lors de l'épisode 3), disponible à cette adresse : https://www.youtube.com/watch?v=KSXUYKYKuKw&t=11s

Du reste, voici une petite mise en bouche et un extrait d'une des nouvelles d'Interface :


  • Extrait de Interface – Quand c’est l’heure d’y aller, de Brie Sheldon

11/06/2006 à 1200 heures

Lorsqu’Angélina Morales sortit de l’avion qui avait atterri sur une route poussiéreuse du Koweït, la chaleur l’enveloppa tel le souffle d’un sèche-cheveux. Elle brûlait sa peau en une vague infinie. Non qu’elle n’apprécie pas la chaleur, cela dit.
Son corps lui semblait toujours froid, et ce, même si elle l’habitait depuis trois ans désormais. La chaleur était donc appréciée. Elle se surprit à regretter d’être ici pour accomplir la mission qui l’avait précisément amenée là – ce serait bien, de rester un petit peu plus longtemps. Ça lui ferait plus de temps au soleil. Sa montre se réchauffait déjà à son poignet, sous les rayons de l’astre brûlant. Elle entendait son cliquetis régulier.
Tic, tac.
Elle y jeta un œil, puis rejoignit la formation de soldats. Les hommes et femmes à ses côtés se tenaient raides contre le vent qui soufflait, prêts à recevoir leurs ordres. Ils n’avaient pas de temps à perdre. Elle non plus.

*

24/06/2006 à 0800 heures

— Morales ! aboya le sergent, faisant claquer ses bottes à chaque pas. Il serait temps que vous appreniez à arriver à l’heure, soldat. Vous n’avez pas rejoint l’armée pour vous la couler douce !
Morales acquiesça en silence et resta immobile, le dos droit, les épaules en arrière et le menton haut. Elle savait que son retard allait lui coûter un savon – le sergent Wilkins était de la vieille école, à cheval sur les manières – mais elle avait eu du boulot et n’allait pas prendre du retard juste parce que ce vieil homme rance avait la moutarde qui lui montait vite au nez. Elle n’était plus une débutante. Ce genre de comportement marquait vraiment mal pour le sergent, et elle-même passerait pour une retardataire abusive. Mais ça ne la dérangeait pas. Plus les gens la laissaient seule, plus elle pouvait travailler sur sa véritable mission.
Tandis que Wilkins s’énervait, elle jeta un regard alentour, d’une manière bien trop discrète pour qu’il le remarque. Lewis avait toujours son tic à la main gauche, Morales commençait à soupçonner un problème neurologique davantage  que de la simple nervosité. Jones s’avachissait de plus en plus, et les valises sombres sous ses yeux indiquaient qu’il ne dormait guère. Islington ne portait plus son alliance ; son langage corporel montrait qu’elle ne s’en portait pas plus mal.
— Est-ce que vous m’écoutez, soldat ?
Elle résista à l’impulsion qui lui dictait de soupirer d’un air las et ennuyé. Pas facile de garder son calme quand on sait que, d’un seul revers de main, on est capable de faire taire l’impudent pour toujours.
Tic, tac.
Non, ce n’était pas une bonne idée. Elle avait une mission à remplir. Elle le laissa poursuivre, acquiesçant quand il fallait, marmonnant quelques « oui, Monsieur », et parvint à garder son calme. Au bout d’un moment, le lieutenant Gill Frank arriva et interrompit la diatribe :
— Wilkins, laissez-la tranquille.
Sa voix était calme, mais aussi ferme qu’un gros bloc de chocolat. Et tout aussi douce et dense.
En dehors de la chaleur, s’il y avait bien une chose que Morales aimait bien, c’était Gill. Il était chaud. Et gentil. Et surtout, il la distrayait bien. Il lui permettait de penser à autre chose que sa véritable mission. Même si elle avait ses ordres, elle ne comptait pas renoncer aux bonnes choses de la vie avant que celle-ci ait pris fin. Si on l’attrapait, tout prendrait fin, mais en vérité, qu’on l’attrape ou pas, tout cela lui importait peu. Elle aurait une nouvelle vie, une nouvelle identité – elle ne serait plus sur place pour vivre cette existence-ci.
Wilkins s’éloigna en marmonnant. Gill – le lieutenant Frank – acquiesça à son intention, lui adressant un sourire ainsi qu’un clin d’œil furtifs dès qu’il fut certain que personne ne regardait. Elle enregistra ce souvenir, pour mieux y repenser plus tard.
Elle se rendit au dépôt afin d’entretenir ses relations avec les gardes. Elle devait faire en sorte qu’ils y croient, ou elle ne pourrait jamais les persuader de la laisser entrer. Elle leur apporta de l’eau fraîche et leur fila un paquet de cigarettes. Le sergent Freize lui promit qu’elle pourrait pénétrer dans le dépôt dès que son lieutenant ne serait plus dans le coin. Elle sourit et lui promit qu’il pourrait pénétrer autre chose dès la première occasion. Puis elle le laissa là, tout content, s’en allant sans se retourner.

*

30/06/2006 à 1600 heures

Il était temps de mettre le plan en route. Morales passa de nombreux coups de téléphone, ce jour-là, mais le premier fut pour son contact, là où elle vivait.
— Monsieur Diaz ?
— L’horloge sonne la première heure.
— Et le lapin saute dans le trou. Assez de tous ces codes.
— Le travail doit être traité comme du travail, Madame Morales. Vous êtes bien installée ?
— Oui. J’ai aussi relevé de nombreuses complications dans le plan que vous avez concocté. Pénétrer dans le palais ne sera pas aussi facile que prévu.
Le palais. Un endroit magnifique. On lui avait fait visiter certaines parties. Partout, de l’or, des fresques murales, des tapisseries… l’opulence. Cela dit, ce qui avait attiré son attention ainsi que celle de tous ceux qui avaient des yeux capables de voir, c’était la piscine. Tout comme le reste du bâtiment, elle était luxueuse,  somptueuse. C’était un coin assez joli à regarder pour le commun des mortels, mais pour elle, clairement, il s’agissait d’un rouage de la Machine-Dieu. Quiconque avait construit cette piscine l’avait réalisée de manière à s’imbriquer dans la machinerie. Désormais, il existait donc une chose magnifique construite sur une chose terrible. Si les humains avaient pu le constater, ils auraient bien compris. Et ils auraient rejeté la Machine-Dieu, elle le savait.
Mieux valait une vie brève et rebelle contre un système injuste qu’une existence pérenne sous son règne.
— Madame Morales, vous êtes censée être la meilleure dans votre spécialité. Nous n’en attendons pas moins de vous.
— Je n’ai pas dit que je ne peux pas le faire. Je dis juste que ça prendra un peu plus de temps que prévu.
L’autre raison qui motivait cette rallonge de temps était son envie de passer quelques jours de plus au soleil, mais elle savait qu’elle ne pourrait pas s’attarder trop longtemps, sous peine de se voir attrapée.
— Je peux vous avoir quelques jours.
— Bien.
Tic, tac.
Elle raccrocha. Diaz faisait partie du bon camp, mais il ne parlait que boulot. Et elle en avait marre du boulot pour aujourd’hui. En plus, c’était le dernier jour d’une longue semaine. Certes, les semaines ne finissaient jamais vraiment pour les soldats, mais les officiers comprenaient que ces derniers avaient besoin d’un vrai vendredi soir dès lors qu’ils n’étaient pas en service. Donc tant qu’elle serait ici, elle n’allait pas se priver des plaisirs mortels à sa disposition. Elle enfila sa tenue de sport puis sortit dans la chaleur du désert, pour aller droit vers la caravane du Lieutenant Frank.
La chambre de Gill était identique à la sienne, même pour les draps. C’était comme ça, ici, et ça avait été la même chose partout où elle s’était rendue sous cette identité. Des draps bruns, des serviettes brunes… tout était couleur bronze et sable, jusqu’à leurs sous-vêtements. Ainsi, tout le monde se ressemblait. Cela l’avait aidée à s’intégrer, à devenir l’un d’eux. Elle n’avait pas de souci à faire semblant de suivre les ordres – mais elle savait que, tôt ou tard, comme jadis, elle allait devoir désobéir. Dans l’armée, la Chute ne serait pas aussi douloureuse que celle des anges, même si elle serait sûrement tout aussi douce-amère.
Dehors, il faisait nuit, mais elle prit quand même la précaution de s’agenouiller pour taper doucement sur la porte de la caravane. Gill la laissa entrer, un index pressé sur ses lèvres tandis qu’il murmurait « chuuut ». Une fois à l’intérieur, elle se mussa tout contre lui dans le lit, et le sommeil les enveloppa.

*

04/07/2006 à 2200 heures

Jusqu’à présent, la nuit avait été plutôt calme en dépit des célébrations typiques de la Fête nationale. Le quatre juillet avait moins de sens ici que sur leur bonne vieille terre natale, mais où qu’ils se trouvent, les gens se rassemblaient pour célébrer. Morales rendait visite aux Australiens pour cette raison précise.
Ils ne fêtaient pas cette date chez eux, mais ils n’avaient pas besoin de raison pour faire la fête – chacun prenait ce qu’il pouvait prendre à la vie. Les Australiens se détendaient de manière bien plus décontractée que les Américains et les Anglais ; il suffisait d’un regard à leurs énormes barbes pour le comprendre. Absolument chacun de ces hommes possédait une moustache telle que les hipsters en rêvaient – tout en courbes et parfaitement lustrée de cire, en mode dandy chic et choc. L’un d’eux en avait une particulièrement impressionnante – le capitaine. Morales se faufila jusqu’à lui pour lui tendre une poigné de monnaie locale.
— Joyeuse Fête nationale, Capitaine.
— Tout pareil, Soldat. Ne vous attirez pas d’ennuis.
Quand elle s’écarta, sa main se serrait autour d’une flasque d’alcool et d’un sentiment d’euphorie. Même ces simples délits représentaient de vrais frissons.
Elle  se hissa à l’arrière d’un véhicule tout-terrain militaire, au milieu d’autres soldats, qui conduisirent le véhicule jusque dans la zone internationale sécurisée. Vu qu’elle n’avait plus bu depuis des mois, il ne lui fallut que quelques minutes pour sentir les effets de l’alcool. Elle passa la flasque à un autre tandis qu’elle s’appuyait de la tête contre la fenêtre.
Les cahots de la route donnaient l’impression de se trouver dans le pire des rocking-chairs. Chaque rebond cliquetait sous son crâne, mais c’était une douleur agréable, étourdissante. La nuit lui laissa un souvenir brumeux – des tourbillons de couleur et des formes dansantes, et un autre soldat qui lui tapotait l’épaule en lui disant qu’elle était géniale de les reconduire alors qu’ils étaient tous trop bourrés pour ça, à cause des nombreuses boissons alcoolisées qu’ils avaient bues en douce.
Elle conduisait affreusement mal, mais elle fit de son mieux et serait parvenue à les ramener quasiment jusqu’à leur caravanes si on ne les avait pas arrêtés à un checkpoint. Les autres avaient été fluides – il y en avait même eu un où elle ne s’était pas arrêtée, vu que le garde péruvien de service lui devait une faveur et que tous ses autres gars s’étaient endormis.
L’officier de ce checkpoint était un vieux soldat américain, bourru et de mauvaise humeur, qui portait un micro de la taille du Koweït sur son épaule. Son étiquette nominative indiquait un truc comme « Schwimmmz » – nom qu’elle ne parvint pas à lire mieux que ça à cause de sa vue devenue trouble. Elle secoua la tête plusieurs fois suite à ses questions et, lentement, sa voix lui parvint à travers le brouillard qui l’entourait :
— Soldat, êtes-vous saoule ?
Elle secoua la tête avec insistance.
— Non, Monsieur. Non-non-non.
Il lui jeta un regard sévère assorti d’une bouche pincée. De toute évidence, il ne la croyait pas. Elle ne pouvait pas lui en vouloir. Ce n’était certainement pas l’un de ses moments de gloire, que ce soit en tant que soldat ou espionne. Mais avant qu’elle ait pu en dire davantage, le capitaine des Forces aériennes qui se trouvait dans le siège passager murmura :
— Laiss’la-tranquille !
Et voilà, c’était foutu. Elle en grogna de frustration. L’officier grimaça, leur fit signe de tous sortir du véhicule, puis commença à leur passer un foutu savon pour « conduite indigne ». Le capitaine se montra hostile et agité. Il fit de son mieux pour faire valoir son rang :
— Je suis un capitaine des Forces aériennes des États-Unis d’Amérique, et c’est pas un péquenaud de la piétaille avec un gros bide qui va…
Morales lui jeta un regard noir, mais l’autre continua :
— …me dire comment moi j’dois passer mon temps !
Jusqu’à présent, le capitaine s’était montré assez jovial, et Morales était un peu surprise de le voir changer si vite de comportement. Quelque chose n’allait pas. Avant qu’elle ait le temps de réagir, le capitaine se retourna et mit un pain dans la mâchoire de l’officier. Elle s’interposa pour essayer de calmer le jeu, et fut obligée de filer un coup de tête au capitaine quand il chargea vers elle.
Tout autour, les soldats émirent un « ooohhhh ! » d’intérêt passionné. Elle recula. Se battre avec un officier supérieur ? Tout en étant saoule ? C’était perdu d’avance.
Mais le capitaine n’en avait pas fini avec elle. Se tenant le nez d’une main, il lui tapa sur l’épaule de l’autre, souriant :
— Bien joué, Morales !
Puis il lui asséna un autre coup, et ce fut le noir.

mardi 26 mai 2020


Lorsqu’un démon investit une ou plusieurs Couvertures, il adopte une silhouette et des traits humains pour se fondre plus facilement dans la foule. Mais ce changement d’enveloppe n’étouffe pas pour autant sa véritable apparence, héritée de son passé angélique. A tout moment, un Déchaîné peut révéler une partie de sa « forme démoniaque » et faire usage de ses attributs surnaturels : ailes, cornes, aura de flammes ou encore paire de bras supplémentaires…

Employer sa forme démoniaque peut s’avérer utile dans certaines situations (pour défoncer un mur à mains nues ou s’immerger dans une rivière de lave par exemple…) mais reste cependant risqué. S’il est aisé de libérer ce potentiel, il est toujours plus difficile pour un démon de réinvestir sa Couverture par la suite, risquant donc d’être « prisonnier » de sa forme démoniaque. Et vous le savez, les gens réagissent assez mal à la vision d’un colosse de métal haut de cinq mètres et doté d’une centaine d’yeux…

Le recours à la forme démoniaque trahit généralement d’une difficulté ou d’un danger pour le démon. Mais lorsque la situation tourne au vinaigre et qu’un Déchaîné est dos au mur ou sur le point de succomber, il lui reste une dernière carte à jouer : le Baroud d’honneur.

Nous vous laissons le plaisir de la découverte - le livre de base de Démon : La Damnation entre les mains - mais voici un avant-goût des potentialités du Baroud d’honneur :




— Dena ? Cours !
Les pieds de Joseph touchaient à peine le sol. Quoi qu'eut été cette chose, elle était plus rapide qu'eux. Un millier de cris aigus s'échappaient de ses mille bouches, elle avait tant de bouches, des bouches dans des bouches. Joseph pensait qu'il y en aurait même encore au plus profond d'entre elles, une projection infini de bouches affamées.
— Merde !
L'allée dans laquelle ils déboulèrent était terminée par un grillage métallique. Les cris de cette chose balbutiante emplissaient déjà la ruelle, résonnant comme si les murs étaient eux aussi dotés de bouches hurlantes.
— Dena, grimpe. Magne-toi !
— J'vais pas te laisser, Joe. Si tu restes, je reste. C'est de ma faute si on est dans ce merdier.
Joseph étouffa un juron.
— C’est pas de ta faute. C'est la mienne. C'est grâce à toi si je suis pas aussi mauvais que cette chose. C'est grâce à toi que je suis moi. Vas-y maintenant !
Dena hésita, avant de commencer à escalader la clôture.
— Je vais chercher de l'aide.
— Oui. Fais ça. Et quoi que tu entendes, ne t'arrête pas. Ne te retourne pas. Va te mettre à l'abri. Peu importe que tout le monde te voit, je m'en moque. Mais ne t'arrête pas de courir.
Elle gagna le sommet, passa ses jambes de l'autre côté et entama la descente. Joseph l'observa un moment jusqu’à ce que l'ombre impossible du monstre noie l'entrée de la ruelle. Il avançait lentement, ostensiblement, du haut de ses six paires de jambes, l’échine dressée et les articulations tendues. Joseph attrapa la clôture à l'instant où Dena atteignit le sol. Il écarquilla les yeux, mais ce n'était pas de peur.
— Dena ?
Elle le regarda, le regard empreint de terreur à son égard. La même compassion qui l'avait mené à elle au départ.
— Joseph...
— N'aie pas peur.
Avant même qu'il ne se retourne, des motifs en forme de grille se mirent à luire d'une lumière blanche comme autant de veines sur son cou. Ses yeux brûlaient comme des lampes halogènes, aveuglant presque Dena alors qu'elle se retournait en titubant. Il se mit à grandir, sa voix devint plus grave jusqu'à n'être plus qu'un aboiement inhumain, un croisement entre le crachotement d’une vieille radio et un chien enragé. Il continua de changer à mesure que Dena fuyait. Une fois au bout de l'allée, elle osa jeter un œil en arrière. Joseph avait disparu. Il ne restait plus que des monstres.

lundi 25 mai 2020

Dans le cadre du financement participatif pour Démon : la Damnation, nous vous proposons un concours sous forme de quatre énigmes à résoudre.

Une nouvelle énigme sera diffusée tous les lundis jusqu'à la fin du financement (et celle-ci est la dernière). Vous avez une semaine pour y répondre et nous envoyer votre réponse à concours[at]studio-agate.com

► Chacune de ces énigme permettra de gagner un pledge Gardien (ou, au choix, une réduction équivalente sur un autre pledge) par tirage au sort.

► Celles et ceux qui parviendront à répondre aux quatre énigmes participeront à un grand tirage au sort permettant d'obtenir un accès anticipé au prochain livre de base des Chroniques des Ténèbres que nous produirons. Changelin ? Geist ? Mage ? C'est la communauté qui votera prochainement si le soutien à Démon le permet  Celui qui saura déchiffrer les quatre énigmes de la Machine-Dieu recevra en avant-première le PDF de la VF de ce prochain livre de base, avant qu'il ne soit livré à n'importe qui d'autre. Il recevra également un exemplaire de l'édition papier.

Le règlement complet du concours est disponible en bas de cet article.



Voici la quatrième énigme.

Créez votre propre démon.

Démon : La Damnation vous met aux commandes d’un ange Déchu, dans sa lutte pour la survie et au travers de sa Déchéance, une quête personnelle de l’Enfer. Le livre de base vous fournira tous les outils nécessaires à la création de votre personnage mais vous pouvez d’ores et déjà imaginer votre personnage et le soumettre à un examen de notre Agence démoniaque.

Vous avez une semaine pour inventer un personnage inédit. Imaginez les motifs de sa Chute, son quotidien en tant que démon fugitif, ses aspirations profondes ou encore des pouvoirs originaux. En plus de cela, vous pouvez donner vie à votre Déchaîné en nous proposant une illustration originale, de votre main.

Pour ce faire, plusieurs étapes et informations capitales sont nécessaires pour esquisser votre personnage.



Nom : le nom de votre démon. Si certains font le choix de conserver leur appellation angélique (dans la plus pure tradition chrétienne), d’autres se dissimulent derrière un surnom ou un nom librement choisi. D’Adramelech à Mammon, en passant par Le Seigneur des lames et Gueule d’or, ou encore M. White et Old Jim, vous disposez d’un nom unique, bien souvenu inconnu de vos semblables.

Forme démoniaque : l’apparence authentique de votre démon. La Machine-Dieu ne produit pas ses anges en série et ses lieutenants adoptent des formes uniques et étranges, allant de l’araignée de métal au colosse antique, en passant par une roue de feu et un nuage d’étoiles. Rappelez-vous cependant que votre forme démoniaque sert généralement votre Incarnation : un Gardien profitera d’une peau de métal pour encaisser les coups, là où un Psychopompe gagnera à avoir des bras ou des yeux supplémentaires.

Incarnation : l’un des quatre « types » de démon, défini par sa mission première et des capacités uniques. Serez-vous un outil de mort, l’un des redoutés Destructeurs ? Ou avez-vous été missionné pour répandre la parole sainte en tant que Messager ?
Pour en savoir plus sur les Incarnations, vous pouvez consulter CET ARTICLE.

Dessein : l’alignement moral, philosophique et politique du Déchaîné. Quel code de conduite et aspirations profondes définissent votre démon ? Souhaite-t-il se livrer à une lutte éternelle face à la Machine, réunir des informations stratégiques sur cette dernière et percer les secrets de ses matrices occultes, ou encore regagner son rang ? Le Dessein d’un démon est crucial dans son évolution, puisqu’il définit sa manière d’appréhender le monde mais aussi ses objectifs à court et long terme.
Pour en savoir plus sur les Desseins, vous pouvez consulter CET ARTICLE.

Couverture(s) actuelle(s) : enfin, et peut-être plus important encore, sous quels traits vous dissimulez-vous ? Une femme dans la force de l’âge ? Un adolescent en pleine rébellion ? Ou la dernière coqueluche des médias ? Quelle(s) Couverture(s) avez-vous tissée(s) au fil des années ? Les démons privilégient généralement des alias humains fonctionnels, qui leur permettent de se fondre dans la masse tout en menant librement leurs entreprises personnelles. Certaines couvertures sont particulièrement développées, imbriquées dans un entrelacs de relations personnelles et professionnelles, là où d’autres se résument à un faux nom et quelques éléments biographiques imaginés à la hâte.
Pour en savoir plus sur les Couvertures, vous pouvez consulter CET ARTICLE.

Capacités spéciales : un démon ne serait rien sans ses capacités surnaturelles : puisant dans un savoir interdit, il détourne les principes physiques et logiques pour mettre au point des Encodages, des pouvoirs mineurs lui permettant d’influer sur le réel. Un Messager aurait l’utilité d’un regard hypnotique, tandis qu’un Gardien opterait davantage pour un Encodage lui permettant de repérer un danger imminent. Proposez-nous deux Encodages inédits pour votre démon en leur adjoignant un nom et une courte description du pouvoir.
Pour en savoir plus sur les Encodages, vous pouvez consulter CET ARTICLE.



Vous y êtes presque ! Finalisez le tout avec un court (ou long) texte de présentation, votre illustration originale si vous le souhaitez, et envoyez votre création.

Vous avez jusqu'au 31 mai pour envoyer votre réponse à l'adresse concours[at]studio-agate.com. A noter que pour cette dernière énigme, c'est le personnage qui aura le plus plu a l'équipe qui sera désigné vainqueur. Le temps presse et les anges se rapprochent.


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REGLEMENT DU CONCOURS

1/Ce concours est ouvert à tous. Il n'est pas obligatoire de participer à la campagne Ulule Démon pour y participer.

2/Il se déroule du 4 mai au 2 juin 2020 en quatre phases distinctes :
  • Enigme 1 : du 4 au 10 mai 2020
  • Enigme 2 : du 11 au 17 mai 2020
  • Enigme 3 : du 18 au 24 mai 2020
  • Enigme 4 : du 25 au 31 mai 2020

3/Ce concours est composé de quatre énigmes distinctes. Pour chaque énigme, tout participant doit faire parvenir sa réponse par mail à l'adresse indiquée dans l'article avant la date de fin :
  • 10 mai 2020 pour l'énigme 1
  • 17 mai 2020 pour l'énigme 2
  • 24 mai 2020 pour l'énigme 3
  • 31 mai 2020 pour l'énigme 4

4/Chacune des quatre énigmes permet de gagner un pledge Gardien (ou, au choix, une réduction équivalent sur un autre pledge). Un tirage au sort aura lieu chaque semaine entre l'ensemble des bonnes réponses reçues.

5/Si un participant répond correctement aux 4 énigmes dans le délai imparti, il participera à un tirage au sort permettant de gagner le livre de base du prochain jeu des Chroniques des Ténèbres, si toutefois nous l'éditons.

vendredi 22 mai 2020

La Machine-Dieu infuse ses plus loyaux serviteurs d’une étincelle de pouvoir avant de les envoyer en mission. Les anges, capables de déchaîner la fureur des éléments ou de museler une foule d’un simple geste, disposent de capacités surnaturelles baptisées Numina. Gratifiés d’une puissance hors normes, les anges font un usage immodéré de leurs pouvoirs et n’hésitent pas à corrompre, tuer ou altérer la mémoire des éventuels témoins.

Il en va différemment des démons.

Contraints à la clandestinité, les Déchaînés ont dû mettre au point des outils plus discrets pour survivre, recyclant ou déformant leurs anciens instruments de pouvoir. Faisant montre d’une inventivité sans pareil, les démons ont mis au point un arsenal unique, jouant avec les lois du réel et leur permettant de se tirer des mauvais pas. Ces pouvoirs se distinguent en deux catégories : les Encodages et les Exploits.

Les Encodages contournent le réel. Ils peuvent altérer la perception, le souvenir ou bien redéfinir les caractéristiques physiques d’un objet donné. Certains ont une application concrète, en étouffant le bruit des pas par exemple, tandis que d’autres s’attachent à des idées ou des concepts, en pervertissant le sens des mots ou les détournant d’une manière inventive. Il existe une pléthore d’Encodages, répartis en quatre catégories liées aux Incarnations des Déchaînés, mais un démon inventif pourra en créer de nouveaux et ainsi surprendre les anges rompus aux tours de leurs frères renégats. De manière générale, imaginez l’Encodage comme une faille dans le réel que le démon exploiterait à son avantage. Prenez par exemple « Silence ».


Silence : Un Destructeur talentueux peut tuer ou neutraliser sa cible sans que l'un d'entre eux ne fasse le moindre bruit. Le démon frappe la victime à la gorge ou au plexus solaire, lui coupant le souffle, avant de poursuivre l’attaque. Cet Encodage n'étouffe pas le bruit des armes blanches, armes à feu et autres objets, et si la victime parvient à dégainer une arme pour se protéger, l'effet prend fin. Tant que ce n'est pas le cas, aucun son n'est produit par les combattants, et le fait de percuter des surfaces dures ne produit qu'un son sourd et étouffé. Un Destructeur peut battre à mort un homme dans sa cuisine sans que les personnes qui dînent dans sa salle à manger ne s'en rendent compte, du moment qu'il fait cela rapidement.

Groupement de dés : Dextérité + Bagarre – Défense.

Action : Réflexe.

Résultats possibles :
  • Échec critique : Le premier coup du personnage émet un fracas dissonant et extrêmement aigu. En plus d'alerter toute personne qui pourrait les entendre, le démon court également le risque de compromettre sa Couverture ; le joueur doit immédiatement faire un jet de compromission (avec un bonus de +1).
  • Échec : L'Encodage ne fait pas effet et le combat est aussi bruyant qu'à l'accoutumée.
  • Succès : Le combat ne produit aucun son jusqu'à ce qu'un nombre de tours égal aux succès obtenus se soit écoulé ou qu'un des combattants utilise une arme. Même les bruits indirects causés par le combat (une personne étant violemment plaquée contre un mur) ne produisent qu'un son étouffé. Notez que le joueur incarnant le combattant doit faire un jet pour utiliser une arme (un jet d'Armes blanches ou d'Armes à feu). Le simple fait de dégainer l'arme ne met pas un terme aux effets de Silence.
  • Succès exceptionnel : Le démon peut effectuer une attaque en visant la gorge de son adversaire sans subir de malus à cause d'un ciblage précis. Si ce coup touche sa cible, en plus d'infliger 0 dégâts létaux, le démon inflige l'État Muet (p. 310) à la cible pour la durée du combat.



Les Encodages sont des pouvoirs « mineurs » : simples d’utilisation, ils sont discrets et difficilement perceptibles, un atout indéniable lorsque l’on cherche à démêler une situation sans faire de vagues. Leur champ d’action reste cependant limité et il n’est pas rare qu’un démon opte pour une version « améliorée » des Encodages, les Exploits.

Les Exploits ne se contentent pas de détourner les lois physiques, ils les brisent littéralement. Ces capacités exceptionnelles sont alimentées par l’Ether, une substance rejetée par les matrices occultes de la Machine-Dieu et généralement pillées au péril de sa vie, et peuvent rivaliser de puissance avec les Numina des anges. Besoin de transformer votre animal de compagnie en une créature de cauchemar pour défaire vos assaillants ? Utilisez l’Exploit « Cerbères » sur votre fidèle compagnon pour en faire un molosse écumant, capable de tordre le métal d’un coup de gueule. Votre filature est compromise mais vous ne pouvez vous permettre de repartir sans ces informations ? Devenez une « Ombre vivante » et suivez votre cible sans crainte ! Mais la médaille a son revers : le recours aux Exploits, en plus de consommer de l’Ether, menace directement l’intégrité et la Couverture du démon. En brisant les lois de la réalité, des glitchs et autres « dérangements » peuvent se manifester chez le Déchaîné, trahissant sa nature démoniaque et l’exposant à la menace des envoyés de la Machine-Dieu. Usez donc des Exploits avec parcimonie, ou vous réaliserez bien vite les conséquences de vos actes…

Les démons ont dû apprendre à survivre au milieu des hommes, apprivoisant le réel pour en tirer les outils nécessaires à leurs terribles desseins. Les Encodages et les Exploits, fiables et originaux, ne représentent qu’une petite part de l’arsenal démoniaque. Restez connectés pour en apprendre davantage dans les jours qui suivent !

jeudi 21 mai 2020

Toute chose qui touche une Infrastructure de la Machine-Dieu en ressort changée : les humains deviennent des stigmatisés, les animaux des cryptides, et même les objets inanimés obtiennent des traits étranges et inattendus. Les Déchaînés ne font peut être plus partie de ce système, mais un grand nombre de ces propriétés qui altèrent la réalité imprègne encore leur vie même après la Chute, et grâce à un processus appelé Intégration, un démon peut imprégner certains aspects de ses Encodages et ses Exploits à un objet physique, altérer sa structure fondamentale et lui prêter des pouvoirs surnaturels. Les objets modifiés de la sorte sont appelés des Gadgets et sont regroupés en deux grandes catégories : les Gadgets Encodés et les Gadgets Exploités. Le processus d'Intégration est similaire dans les deux cas, mais ils ont des apparences et des utilisations très différentes.



Gadgets Encodés

Les Gadgets Encodés restent très similaires à leur forme d'origine, mais toute inspection minutieuse par une personne connaissant l'existence de la Machine-Dieu révélera qu'un élément fondamental en a été modifié. L’objet est devenu un outil surnaturel, doté de propriétés magiques dérivées de l'Encodage qui y a été Installé. Ces derniers ne peuvent être appliqués qu’à des objets ayant des fonctions similaires. Par exemple, un démon peut créer une dague qui fait taire ses victimes (en utilisant l'Encodage Silence), mais il ne peut créer une corne de brume ayant le même effet.

Les Gadgets Encodés ne sont jamais aussi polyvalents que le pouvoir dont ils sont dérivés, ils ont toujours un effet spécifique lié à l'Encodage dont ils sont issus. Ils ne nécessitent pas d'Éther mais exigent souvent une condition de déclenchement spécifique ou un jet d'activation pour fonctionner. Grâce à leur apparence anodine et leur utilisation facile, les Gadgets Encodés font des armes idéales pour les agents stigmatisés comme pour les démons ; ils ne peuvent être détectés par la résonance éthérique et n'attirent pas non plus les cryptides affamés d'Éther.

Exemples de Gadgets Encodés
  • Un manuel d'utilisation avec Erreur courante d'installé qui pénalise les jets d'Érudition de ceux qui l'ont lu.
  • Un badge d'une société avec Non-personne d'installé qui rend difficile de se souvenir de l'identité de son porteur.
  • Des dés avec Coup du hasard d'installé, qui favorisent toujours la personne qui les lance.
  • Un sifflet avec Le sang-froid avant tout d'installé, qui fige momentanément les combattants lorsqu'on l'utilise.



Gadgets Exploités

Les Gadgets Exploités fonctionnent de la même manière que ceux étant Encodés, à quelques différences près, la plus importante étant que le processus d'Installation déforme irrémédiablement l'objet, rendant son apparence étrange. Un fusil Exploité peut devenir un tube de chrome lisse rappelant une arme laser dans un vieux film de science-fiction, tandis qu'un appareil photo Exploité pourrait avoir un objectif rouge et luisant, flottant dans l'air, qui se déplacerait selon sa volonté propre. Quel que soit le changement, un Gadget Exploité ne peut jamais être confondu avec son équivalent normal. Au mieux, un démon pourrait-il faire croire qu’il s’agit d’un jouet ou d’une œuvre d'art, mais cela ne duperait pas un agent bien renseigné. Les Gadgets Exploités ne nécessitent pas d'Éther pour fonctionner, mais ils peuvent être détectés par la résonance éthérique et servent comme des objets de réserve pour l'énergie excédentaire. L'Éther stocké y diminue d'un point par mois et sert à stabiliser le Gadget, entretenant ses effets qui faibliraient autrement. Si un Gadget Exploité tombe à court d'Éther et n'est pas rechargé dans la semaine qui suit, il cesse de fonctionner. Toute tentative ultérieure de le recharger le détruit.

Même lorsqu'ils sont complètement chargés d'Éther, les Gadgets Exploités sont extrêmement instables, et nous ne vous recommandons pas d'en détruire un ; lorsqu'un tel objet est brisé, l'énergie éthérique latente explose et entre en réaction avec le Primum de tout démon présent. Tout démon à portée de l'objet lors de sa destruction comme déterminé par la résonance éthérique de l'individu (p. 184) doit faire un test pour obtenir un glitch éphémère. Les humains assez près pour voir l'engin être détruit deviennent stigmatisés, et les remous provoqués sur la toile de la réalité attire immédiatement l'attention de la Machine-Dieu ou de ses agents.

Malgré les risques qu'ils comportent, ces Gadgets ont quelques avantages par rapport à l'utilisation d'Exploits classiques : ils ne compromettent pas la Couverture de l'utilisateur lors de leur activation et sont plus flexibles que les Gadgets d'Encodages, pouvant être installés sur n'importe quel objet peu importe sa fonction d'origine. Cela peut donner naissance à quelques machines pour le moins atypiques, comme des tapis volants, des cartes de tarot explosives, et des meubles qui altèrent la mémoire.

Exemples de Gadgets Exploités
  • Une flute à champagne en forme de conque avec Bouc émissaire d'installé, qui inflige à toute personne qui en boit l'État Rejeté.
  • Un rasoir droit qui émet un bourdonnement et qui crachote de fines volutes de brouillard lorsqu'on y installe Couverture éphémère et qui est capable de trancher la matière des fantômes.
  • Une paire de gants blancs brodés avec des serpents gris qui semblent se mouvoir. On y trouve l'Exploit Forcer une relation ; toute personne qui serre la main du porteur le considère immédiatement comme un ami très cher.